Il suffit parfois d’une phrase, « on compte sur toi », pour que le ventre réponde avant la tête. On vous propose un poste, une prise de parole ou un projet dont vous rêviez, et au lieu de la joie attendue arrive une question beaucoup moins agréable : et si je n’étais pas à la hauteur ? C’est une demande que j’entends souvent au cabinet, chez des adultes comme chez des adolescents qui approchent d’un examen, et c’est aussi le point de départ de mon roman « Setifa et les secrets du désert ».
Une peur très ordinaire, et très bavarde

Setifa a onze ans et vit dans l’oasis de Sefira. Un soir, elle trouve sous le sable une épée ancienne, et une voix lui souffle un seul mot : « Gardienne ». Dans les histoires que raconte son père, ce genre de moment donne des frissons d’aventure, alors qu’elle sent surtout son ventre se nouer. Quand elle ose dire devant le conseil des anciens que l’épée lui a parlé, le plus riche marchand de l’oasis déclare qu’une enfant ne peut pas être Gardienne ; elle proteste qu’elle a onze ans, et il la remercie de confirmer ce qu’il vient de dire.
Beaucoup d’adultes portent en eux un marchand de ce genre. La peur de ne pas être à la hauteur prend des formes variées : se dire que les autres surestiment nos capacités, mettre ses réussites sur le compte de la chance, craindre d’être un jour démasqué, ce que l’on appelle souvent le syndrome de l’imposteur. Elle pousse certains à tout préparer jusqu’à l’épuisement et d’autres à ne plus lever la main ou à ne pas postuler, et dans les deux cas, c’est la peur qui a pris la décision.
Ce que la peur essaie de faire pour vous
La peur a une mission honorable : vous protéger. Devant l’inconnu, notre cerveau déclenche une réaction de défense avant même que nous ayons le temps de réfléchir, le cœur accélère, le ventre se serre, puis les pensées arrivent et racontent une histoire, en général la pire. On sait tous ce qu’on veut changer, et c’est entre le vouloir et le faire que cette alarme s’installe, parce qu’elle confond la nouveauté avec le danger. Face au Serpent des Sables, qui lui demande quelle peur elle apporte, Setifa finit par avouer : « J’ai peur de ne pas être celle que tout le monde attend. » Plus tard, devant la petite fille qu’elle a été, perdue un jour dans une tempête, elle lui explique que « la peur raconte toujours la fin avant que l’histoire soit terminée », une phrase qui résume bien l’anticipation anxieuse et qui a l’avantage de tenir sur un marque-page.
Oser à sa mesure

Le courage dont parle ce roman ressemble davantage à une suite de petits choix qu’à un grand saut. Quand Setifa avoue à sa mère qu’elle a peur de partir, Aysha lui répond que cela la rassure, ce qui lui vaut de s’entendre dire qu’elle pourrait répondre comme une mère normale, puis elle lui explique que le courage commence quand on écoute sa peur sans la laisser tout décider. Écrivez votre peur en une phrase précise, comme Setifa devant le Serpent, puis demandez-vous ce qu’elle cherche à protéger et quelle décision vous lui laissez prendre à votre place. Préparez-vous aussi, puisque Aysha recommande à sa fille d’emporter davantage d’eau que dans les histoires de son père, ce qui vaut pour une première réunion comme pour une traversée du désert. Et acceptez vos raisons imparfaites : dans une tour couverte de noms, Setifa reconnaît qu’elle aime parfois l’idée d’être exceptionnelle, et elle décide d’agir quand même. Setifa suit ainsi un chemin que les conteurs connaissent depuis toujours, celui que Joseph Campbell a appelé le voyage du héros, et le vôtre commence souvent par un geste modeste, comme poser une question en réunion ou envoyer cette candidature.
Si cette peur vous empêche de dormir ou de travailler, ou si elle s’accompagne d’une grande tristesse, parlez-en à votre médecin, qui saura vous orienter. Au cabinet, avec l’hypnose et les thérapies brèves, nous travaillons sur un objectif, en tenant compte de votre personnalité, de vos valeurs, de votre mode de vie et de votre façon de fonctionner.
Une héroïne qui a peur, et qui avance

Quand on se plonge dans un livre au point d’oublier ce qui nous entoure, on vit une expérience très proche de l’hypnose, et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime écrire des histoires : on y essaie le courage d’un autre avant de trouver le sien. « Setifa et les secrets du désert » est un roman d’aventure et de magie pour les jeunes lecteurs et leurs parents, avec une oasis dont l’eau disparaît, un guide à la cape étoilée et un grand frère moqueur, plus courageux qu’il ne le prétend. Vous pouvez en lire le début sur la page du livre, et à Noël, il trouvera sa place sous le sapin d’un jeune lecteur qui doute de ses forces, même si l’adulte qui l’offre risque de le lire avant lui.

